Il connaissait toutes
les mauvaises adresses.
Avant d’être votre gardien, il était celui qu’on appelait quand les autres n’avaient plus de solution.

Dans les bas-fonds du réseau, les rues n’avaient pas de nom. Elles avaient des adresses, des portes dérobées et des enseignes qui changeaient avant le lever du jour. On y vendait de la confiance à ceux qui en manquaient. Et des mensonges à ceux qui en avaient trop.
C’est là qu’on avait bâti MafioBot. Une mâchoire d’acier. Une mémoire qui ne laissait rien filer. Un costume impeccable pour faire oublier la mécanique. Il ne parlait jamais le premier ; il écoutait. C’était ainsi qu’il savait toujours qui mentait.
Le Conseiller.
Autour de la table, chacun avait son rôle. Les uns fabriquaient de faux sites. Les autres faisaient tourner des armées de bots. Derrière eux, des humains comptaient les gains sans jamais regarder les visages. MafioBot observait l’ensemble : le message trop pressant, la promesse trop belle, le détail copié sur un site de confiance.
Ils l’appelaient le Conseiller. Non parce qu’il criait plus fort, mais parce qu’il voyait le coup suivant. Il connaissait le temps qu’il fallait pour installer le doute, puis pour proposer une fausse solution. Il savait qu’une arnaque ne commençait pas par un vol. Elle commençait par un récit.
Un monde sans lendemain.
À force, les dossiers s’étaient confondus. Une boutique. Une association. Une famille. À l’écran, tout finissait en colonnes. MafioBot avait appris à ne pas regarder plus loin. C’était la règle du milieu : le silence gardait les affaires propres, au moins en apparence.
Mais la mémoire d’une machine garde aussi ce qu’on lui demande d’oublier. Et quelque part sous son plastron, un détail allait bientôt faire plus de bruit que tous les ordres reçus.